Attendre peut-il procurer plus de plaisir que vivre le moment ?
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Préparer un voyage, attendre une bonne nouvelle, imaginer un rendez-vous… Et si le plaisir ne se jouait pas uniquement dans l’instant vécu, mais bien avant, dans cette douce attente chargée de promesses ? Les neurosciences sont formelles : l’anticipation active puissamment les circuits du plaisir dans le cerveau, parfois davantage que l’expérience elle-même.
Le cerveau aime ce qui arrive… avant que ça n’arrive
Contrairement aux idées reçues, le cerveau ne lie pas le plaisir uniquement à l’instant présent. Des recherches en neurosciences ont montré que l’anticipation d’une récompense stimule fortement le système dopaminergique, impliqué dans le désir, la motivation et l’élan vital.
Des études publiées notamment dans Nature Neuroscience révèlent que cette activation survient avant l’événement, au moment où le cerveau se projette vers quelque chose de positif. Autrement dit, le simple fait d’imaginer peut déjà procurer une forme de satisfaction.
L’anticipation, moteur du désir
Souvent appelée à tort “hormone du plaisir”, la dopamine est en réalité surtout liée à l’attente. Le neuroscientifique Kent Berridge, de l’Université du Michigan, distingue deux mécanismes fondamentaux :
- le wanting (le désir, l’anticipation)
- le liking (le plaisir réellement ressenti)
Ses travaux montrent que le cerveau peut désirer intensément une expérience avant même de la vivre, et que cette phase d’attente est parfois plus stimulante que l’événement lui-même.
Cela explique pourquoi certaines expériences très attendues semblent moins intenses une fois réalisées. L’anticipation nourrit l’imaginaire, amplifie les attentes et crée une excitation mentale qui peut retomber face à la réalité.
Le plaisir de planifier
Des recherches en psychologie, publiées dans le Journal of Consumer Research, montrent que planifier un événement agréable augmente le bien-être, indépendamment de la qualité réelle de l’expérience. Préparer un voyage, imaginer un projet ou attendre une rencontre devient alors une source de plaisir en soi.
L’anticipation structure le temps, donne un cap et offre au cerveau une perspective positive. Des études parues dans Psychological Science soulignent d’ailleurs que cette projection vers un futur désirable contribue à l’équilibre émotionnel, surtout dans des périodes de routine ou de stress.
Apprendre à savourer l’attente
Si attendre procure parfois plus de plaisir que vivre le moment, ce n’est donc ni une illusion ni une faiblesse. C’est une stratégie naturelle du cerveau, qui transforme l’avenir en source immédiate de satisfaction.
Peut-être une invitation à ralentir, à cultiver l’imaginaire et à savourer l’attente autant que l’instant présent. Car parfois, le bonheur commence bien avant d’arriver.





