Les Océanes d'Essaouira : quand l'océan devient une cause collective
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Du 2 au 5 avril 2026, Essaouira vibre au rythme de sa 9ème édition des Océanes, festival environnemental porté par l'Institut français du Maroc. Quatre jours de rencontres, de documentaires, d'ateliers et d'actions citoyennes pour faire de l'océan une cause partagée, au cœur d'une ville qui lui doit tant.
Essaouira, ville-océan par excellence
Il y a quelque chose d'évident à tenir un festival dédié à l'océan à Essaouira. Cité atlantique battue par les vents, ville de pêcheurs et de surfeurs, carrefour entre traditions maritimes séculaires et enjeux environnementaux contemporains, elle incarne mieux que nulle autre la relation intime que le Maroc entretient avec la mer. C'est précisément cette ancrage territorial qui distingue Les Océanes des événements militants classiques : le festival ne descend pas d'une capitale culturelle pour sensibiliser une périphérie, il naît du territoire lui-même, pour ses habitant·e·s, avec leurs voix.
Juliette Marandon, directrice déléguée de l'Institut français du Maroc à Essaouira, le formule avec clarté : protéger l'environnement, c'est avant tout une aventure collective. Cette conviction traverse l'intégralité de la programmation, qu'il s'agisse des forums professionnels destinés aux lycéens, des projections grand public ou du Village Bleu installé sur la corniche.
Un forum pour les jeunes, une boussole pour l'avenir
L'une des forces des Océanes réside dans son engagement éducatif. Les jeudi 2 et vendredi 3 avril, la Maison des Jeunes d'Essaouira accueille le Forum des métiers de la mer et de l'environnement, ouvert aux élèves de six établissements locaux, collèges, lycées et université inclus. L'initiative, labellisée « Le français au sens propre », réunit un éventail remarquable d'acteurs : Surfrider Foundation Maroc et Europe, l'Institut de Recherche pour le Développement, l'Université Cadi Ayyad, l'Agence Nationale des Ports, le chantier naval d'Essaouira et le Club Salt Water Element.
Chaque intervenant apporte une dimension concrète et souvent méconnue du rapport à l'océan. L'hydrogéologue de Surfrider Foundation Europe illustre comment les produits chimiques du quotidien finissent inexorablement dans les eaux marines. Le chargé de recherche en écologie marine de l'IRD interroge les élèves sur le phytoplancton et les oméga 3. Le capitaine du port d'Essaouira évoque les certifications ISO en cours et la gestion des risques de pollution. Quant au responsable du chantier naval, il défend un savoir-faire artisanal séculaire, la construction de chalutiers en bois, qui mérite d'être transmis autant que préservé.
Ce forum n'est pas qu'une vitrine des métiers : il dessine, pour une génération en quête de sens, des trajectoires professionnelles ancrées dans l'urgence écologique.

Documentaires, art et engagement : une nuit pour l'océan
La programmation grand public n'est pas en reste. Dès le jeudi soir, la projection de « Plastic Odyssey » EP 1 à l'École Supérieure de Technologie de Ghazoua lance le festival sous le signe de l'action. Ce documentaire suit le navire du même nom qui, depuis Marseille, parcourt les côtes les plus touchées par la pollution plastique afin d'y développer des solutions de recyclage low-tech. La projection est suivie d'un débat avec Surfrider Foundation, le laboratoire LIREMET et l'IRD.
Le vendredi 3 avril, c'est une véritable Soirée Océan qui s'installe à l'Institut français. L'artiste Marine Midy y présente « Aquavitae », une installation aquartistique mêlant vidéo, photographie et poésie, née de résidences en Indonésie, en mer Adriatique et sur le littoral français. L'eau y devient matière créatrice, mythologie vivante, invitation au vertige. En parallèle, une dégustation de la mer signée par le chef Ahmed Handour de L'Heure Bleue Palais, établissement Relais et Châteaux, transforme la soirée en expérience sensorielle totale.
Le samedi 4 avril, le patio de l'Institut accueille la projection de « Planète Méditerranée », documentaire de Gil Kébaïli primé à Wildscreen et au festival Lumexplore, retraçant la mission du plongeur-photographe Laurent Ballesta au fond des eaux méditerranéennes, à des profondeurs rarement explorées. Science, aventure et beauté sous-marine : un tryptique rare, à 90 mètres de profondeur.
Le Village Bleu : là où la plage devient un espace politique
Les samedi 4 et dimanche 5 avril, la corniche d'Essaouira se transforme en Village Bleu, espace de sensibilisation ouvert aux familles de 14h30 à 18h00. Surfrider Foundation y propose ses ateliers emblématiques, « Fabrique ta wax », « Surprise de la marée » ou encore des expériences interactives sur les déchets marins. L'IRD initie petits et grands à la découverte du phytoplancton et des oméga 3. L'ESTE présente les aires marines protégées et la chaîne trophique. Marine Midy, avec sa compagnie Manœuvres, anime des ateliers de marionnettes pour les enfants de 6 à 10 ans.
Le dimanche matin, à 10h30, l'Initiative Océane mobilise bénévoles et curieux pour une collecte de déchets sur la plage, organisée par Surfrider Foundation Maroc et son antenne bénévole de Sidi Kaouki. Collecte, tri, quantification : chaque déchet ramassé nourrit une base de données nationale sur l'évolution de la pollution marine.
En fin d'après-midi, la Maison des Jeunes accueille « La surfeuse et la libellule », spectacle de marionnettes de Marine Midy, à destination des enfants à partir de 4 ans. Un univers doux et onirique qui fait de l'océan un espace de dépassement de soi.
Une édition sous le signe de l'urgence positive
Toutes les activités du festival sont gratuites et ouvertes à tous. Cette décision n'est pas anodine : elle dit quelque chose d'essentiel sur l'ambition des Océanes, atteindre le plus grand nombre, sans sélection ni barrière. À l'heure où les rapports du GIEC se succèdent et où la pollution plastique des océans atteint des niveaux records, les festivals comme celui-ci incarnent une réponse culturelle à une crise environnementale qui ne peut plus attendre.
Car si la science alerte et les politiques tardent, c'est peut-être la culture, à l'échelle d'une ville, d'un patio, d'une plage, qui crée les conditions d'une prise de conscience durable. Les Océanes d'Essaouira en font chaque année la démonstration, avec modestie et conviction.
Vers une conscience maritime partagée
Neuf éditions, un territoire, une conviction. Le festival Les Océanes a su, en moins d'une décennie, tisser un réseau unique entre science, art, éducation et engagement citoyen. Sa singularité tient à son refus de choisir entre rigueur et émerveillement, entre expertise et accessibilité. En cela, il offre un modèle précieux pour tous ceux qui croient que la transition écologique passe aussi par la beauté, le partage et la joie d'apprendre ensemble.