Kenza Ito Mekouar : quand le jugement des autres révèle la bonne direction
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À l’heure où chaque publication peut déclencher une vague de réactions, le jugement d’autrui s’est imposé comme l’un des grands défis psychologiques de l’ère numérique. Sur les réseaux sociaux, l’exposition est permanente, la comparaison constante, et la critique souvent instantanée. Dans ce contexte sous tension, la prise de parole de Kenza Ito Mekouar apporte un éclairage singulier : et si le jugement, loin d’être une condamnation, signalait parfois que l’on est précisément en train d’avancer ?
Une génération sous pression numérique
Les chiffres récents confirment l’ampleur du phénomène. En Europe comme en Afrique du Nord, les jeunes adultes passent en moyenne plusieurs heures par jour sur des plateformes telles qu’Instagram ou TikTok. Les études en psychologie sociale montrent que l’usage intensif des réseaux peut accentuer la comparaison sociale, un mécanisme bien documenté depuis les travaux de Leon Festinger. Se comparer en permanence à des vies soigneusement mises en scène peut fragiliser l’estime de soi, en particulier à l’adolescence.
Par ailleurs, plusieurs recherches publiées ces dernières années indiquent que si le temps d’écran n’est pas automatiquement synonyme de détresse psychologique, la qualité des interactions joue un rôle déterminant. Les expériences de cyberharcèlement, d’humiliation publique ou de critiques répétées sont associées à des niveaux plus élevés d’anxiété et de symptômes dépressifs. Le regard des autres, démultiplié par l’algorithme, devient alors une source de stress chronique.
Pourquoi le jugement atteint l’identité
Être jugé touche à quelque chose de fondamental : le besoin d’appartenance. Les neurosciences ont montré que l’exclusion sociale active des zones cérébrales similaires à celles impliquées dans la douleur physique. Il n’est donc pas surprenant que les critiques publiques, surtout lorsqu’elles sont virulentes, provoquent un sentiment d’atteinte personnelle.
La peur du jugement peut conduire à l’autocensure. On atténue ses opinions, on retarde un projet, on choisit la discrétion plutôt que l’audace. Ce réflexe de protection, compréhensible, peut toutefois freiner l’épanouissement individuel.
« Ce que Pierre dit de Paul… »
C’est dans ce climat que Kenza Ito Mekouar a récemment partagé un message qui a fortement résonné sur Instagram. Elle y rappelle une phrase devenue centrale dans son approche : « Ce que Pierre dit de Paul en dit beaucoup plus de Pierre que de Paul. »
Pour la psychologue marocaine, le jugement n’est pas nécessairement un miroir fidèle de celui qui le reçoit. Il est souvent une projection. Elle explique avoir observé que les personnes les plus critiques à son égard étaient parfois celles qui nourrissaient des aspirations similaires, sans oser les concrétiser. Derrière le mépris ou la dévalorisation peuvent se cacher frustration, peur ou sentiment d’inachèvement.
Ce déplacement de regard est essentiel. Il ne nie pas la douleur que peut provoquer la critique, mais il en modifie la signification.
La lumière qui dérange
Dans son intervention, elle évoque également l’idée de « lumière » : cette énergie particulière qui émane d’une personne alignée avec ses choix et ses valeurs. Lorsqu’un individu assume pleinement sa trajectoire, cela peut déranger ceux qui ne se sentent pas encore prêts à faire de même.
Selon elle, devenir une « surface de projection » n’est pas toujours un signal d’erreur. Cela peut être le signe que l’on prend sa place. Attirer des jugements serait parfois l’indicateur que l’on avance vers quelque chose de plus authentique.
Ce message s’inscrit dans une tendance plus large observée au Maroc, où les thématiques de développement personnel, de bien-être et de santé mentale gagnent en visibilité. Ateliers, podcasts et conférences témoignent d’un intérêt croissant pour la responsabilité émotionnelle et la connaissance de soi.
Distinguer critique constructive et projection
L’approche proposée ne consiste pas à ignorer toute remarque. Elle invite au discernement. Une critique argumentée et bienveillante peut nourrir la progression. En revanche, une attaque gratuite, répétitive ou humiliante relève davantage de la projection que d’un échange constructif.
Les travaux en psychologie soulignent que les personnes qui jugent sévèrement les autres présentent souvent un niveau élevé d’insécurité personnelle ou une tendance marquée à la comparaison sociale. Comprendre ces mécanismes permet de réduire l’impact destructeur du regard extérieur.
Reprendre le pouvoir sans s’isoler
Il ne s’agit pas de vivre indifférent à toute opinion. L’être humain reste profondément social. Mais choisir les voix auxquelles on accorde de l’importance devient un acte stratégique pour préserver son équilibre.
Construire un cercle bienveillant, poser des limites face aux relations toxiques, réduire l’exposition aux environnements numériques anxiogènes : ces pratiques apparaissent aujourd’hui comme des compétences essentielles.
Une lecture optimiste d’un phénomène complexe
Dans un monde saturé de commentaires et d’évaluations publiques, la tentation est grande de se replier. Le message porté par Kenza Ito Mekouar propose une alternative plus audacieuse : comprendre le jugement, l’analyser, puis décider de ce qu’il vaut réellement.
Si certaines critiques révèlent davantage les peurs de ceux qui les formulent que les failles de ceux qui les reçoivent, alors elles perdent une partie de leur pouvoir. Le jugement cesse d’être un obstacle absolu. Il peut devenir un indicateur que l’on quitte la conformité pour entrer dans l’alignement.
À l’ère numérique, cette capacité à transformer la critique en boussole intérieure apparaît moins comme un luxe que comme une nécessité contemporaine.