Hajar Bouzaidi, pionnière marocaine qui révolutionne la plongée sous-marine
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À 36 ans, Hajar Bouzaidi s’impose comme une figure emblématique d’un univers longtemps dominé par les hommes. Originaire de Tétouan, au nord du Maroc, cette passionnée des profondeurs marines est devenue la première Marocaine à obtenir le brevet de monitrice de plongée deux étoiles après avoir atteint une profondeur impressionnante de 62 mètres. Une performance officiellement validée par la Fédération royale marocaine de plongée et activités subaquatiques (FRMPAS), qui marque une étape décisive pour le développement des sports subaquatiques au royaume.
Son exploit dépasse largement la dimension sportive. Il symbolise l’émergence d’une nouvelle génération de femmes marocaines qui investissent des disciplines exigeantes et repoussent les limites des stéréotypes traditionnels.
Une vocation née au bord de la Méditerranée
Née à Tétouan, ville méditerranéenne au riche héritage maritime, Hajar Bouzaidi grandit dans un environnement naturellement tourné vers la mer. Pourtant, c’est lors d’un séjour en Espagne que sa fascination pour la plongée sous-marine prend véritablement forme. Face à la diversité des fonds marins et à la sensation unique d’apesanteur sous l’eau, elle décide de transformer cette découverte en véritable projet de vie.
La plongée n’est pas une discipline que l’on apprivoise rapidement. Elle exige une préparation physique rigoureuse, une maîtrise technique précise et une capacité mentale à gérer la pression et l’isolement. Hajar Bouzaidi s’engage alors dans un parcours d’apprentissage intensif, accumulant plus de 300 plongées au fil des années.
Sa progression est marquée par une détermination constante. L’atteinte des 62 mètres représente non seulement un exploit personnel, mais également une première historique pour une plongeuse marocaine.
Une reconnaissance officielle et une nouvelle mission
L’obtention de son diplôme de monitrice deux étoiles, délivré en présence de la commission technique de la FRMPAS, ouvre un nouveau chapitre dans sa carrière. Désormais, Hajar Bouzaidi ne se contente plus de plonger. Elle transmet son savoir.
Elle encadre aujourd’hui des plongeurs professionnels ainsi que des étudiants en master d’aquaculture, contribuant à former une génération de spécialistes capables d’explorer les fonds marins tout en respectant les équilibres écologiques.
Cette dimension pédagogique donne à son parcours une portée supplémentaire. À travers son enseignement, elle participe à structurer une discipline encore en pleine expansion au Maroc.
Un potentiel maritime encore sous-exploité
Avec près de 3 500 kilomètres de côtes réparties entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, le Maroc possède un patrimoine maritime exceptionnel. Des sites comme les eaux limpides d’El Jadida ou les reliefs sous-marins de Saidia attirent chaque année davantage d’adeptes de la plongée.
Cependant, le secteur reste relativement jeune. Pendant longtemps, les clubs étaient peu nombreux et les infrastructures limitées. La présence féminine y demeurait marginale, freinée par des obstacles culturels et par le manque de modèles.
Depuis quelques années, la situation évolue rapidement. La FRMPAS multiplie les initiatives pour démocratiser la discipline et encourager les vocations. Les stages organisés à Belyounech ou à Al Hoceima témoignent de cette volonté d’élargir l’accès à la plongée, notamment auprès des femmes.
Selon des données fédératives récentes, les licences féminines ont augmenté de près de 20 % au cours des deux dernières années. L’exemple d’Hajar Bouzaidi contribue largement à cette dynamique.
Briser les stéréotypes dans les sports extrêmes
Dans l’histoire sportive marocaine, certaines femmes ont déjà ouvert la voie à de nouvelles générations. L’athlète Nawal El Moutawakel reste une référence majeure depuis sa médaille d’or olympique en 1984.
La plongée sous-marine, en revanche, restait jusqu’à récemment un bastion masculin. L’exploit d’Hajar Bouzaidi bouscule cet équilibre et démontre que la performance dans ce domaine repose avant tout sur la discipline, la formation et la maîtrise de soi.
Son message est simple mais puissant. Selon elle, l’océan ne connaît ni frontières ni différences de genre.
Cette vision trouve un écho particulier auprès de nombreuses jeunes Marocaines qui découvrent désormais la plongée à travers les clubs et les réseaux sociaux où la plongeuse partage régulièrement ses explorations.
Une dynamique régionale autour des sports aquatiques
L’intérêt pour les disciplines subaquatiques connaît actuellement une croissance notable dans toute la région méditerranéenne. En Tunisie, par exemple, l’apnéiste Walid Boudhiaf a récemment attiré l’attention internationale en battant un record de profondeur à 118 mètres.
Ces performances contribuent à renforcer l’attrait pour les sports liés à l’océan. Au Maroc, plusieurs clubs comme Sipyanos ou Star Diving voient affluer de nouveaux membres, parmi lesquels un nombre croissant de femmes.
Parallèlement, le tourisme de plongée progresse rapidement. Les professionnels du secteur estiment que la fréquentation des activités subaquatiques a augmenté d’environ 15 % en 2025, soutenue par l’intérêt des voyageurs pour des expériences naturelles et immersives.
Explorer tout en protégeant les océans
Pour Hajar Bouzaidi, l’avenir de la plongée ne peut se concevoir sans un engagement fort pour la protection des écosystèmes marins. La pollution et le réchauffement climatique fragilisent les habitats sous-marins, y compris le long des côtes marocaines.
La plongeuse participe ainsi à des missions de sensibilisation et encourage ses élèves à adopter des pratiques responsables. La connaissance scientifique des fonds marins, notamment dans le cadre des formations universitaires en aquaculture, devient un outil essentiel pour préserver ces milieux.
Cette approche renforce également la dimension économique durable du secteur, en liant tourisme, recherche et conservation.
Une inspiration pour la jeunesse marocaine
L’histoire d’Hajar Bouzaidi illustre une transformation plus large de la société marocaine. Les initiatives visant à promouvoir la participation des femmes dans tous les domaines se multiplient, y compris dans le sport.
Dans plusieurs villes, des associations locales organisent désormais des ateliers de découverte de la plongée destinés aux jeunes filles. L’objectif est clair. Doubler le nombre de monitrices dans les prochaines années et créer une nouvelle génération d’expertes des profondeurs.
À Tétouan, le club que développe progressivement Hajar attire déjà des familles curieuses de découvrir l’univers sous-marin. L’initiative contribue à démocratiser une activité autrefois perçue comme élitiste.
À mesure que la visibilité de son parcours grandit, Hajar Bouzaidi incarne bien plus qu’une championne des profondeurs. Elle devient le symbole d’un horizon nouveau pour les femmes marocaines, où la mer n’est plus une frontière, mais un espace de liberté et d’exploration.


