Zahria de Marrakech : 14e édition dédiée à la reconnaissance patrimoniale
Partager
La Zahria de Marrakech, ce rituel printanier ancestral dédié à la distillation de la fleur d'oranger, a marqué sa 14e édition du 22 mars au 12 avril 2026 par une célébration vibrante du patrimoine culturel immatériel. Organisée par l'association Al Muniya de Marrakech en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ainsi que les conseils communal et régional de Marrakech-Safi, cette édition a mis l'accent sur la reconnaissance internationale de cette tradition séculaire. Inscrite depuis 2022 sur la liste du patrimoine culturel du monde musulman par l'ICESCO, la Zahria aspire désormais à un classement UNESCO, renforçant ainsi son rayonnement au-delà des frontières marocaines.
Un rituel ancré dans la tradition
Au cœur de la Zahria se trouve le Taqtar Zhar, l'art de la distillation de la fleur d'oranger blanc, transmis de génération en génération par les femmes de Marrakech. Ce cérémonial, qui évoque le renouveau printanier et une joie collective appelée L'Bahja, transforme les ruelles de la Médina en un écrin parfumé où se mêlent spiritualité et artisanat. Pendant 22 jours, des distillations publiques ont été organisées dans des lieux emblématiques comme la place Jemaa el-Fna, les Jardins de la Médina ou le Musée Farid Belkahia en Palmeraie Nord, permettant aux visiteurs de participer activement à ce savoir-faire ancestral.
Cette édition 2026 a particulièrement insisté sur la transmission auprès des jeunes générations, confrontées à une méconnaissance croissante de ces pratiques, comme le soulignent des études récentes menées auprès d'habitants et d'élèves. Des ateliers éducatifs dans les écoles et mosquées ont ainsi permis de raviver la mémoire collective, tout en valorisant le rôle pivotal des femmes, gardiennes de cette tradition.

Programme riche et diversifié
Le programme de cette 14e édition s'est déroulé sur trois semaines, investissant riads, places publiques et jardins à travers la ville ocre. Dès le 22 mars, des ateliers de distillation ont ouvert le bal au Musée Farid Belkahia, suivis de séances de Samaa spirituel à la Zaouia de Sidi Abû Al-Abbâs Sebti le 27 mars. Les amateurs de musique ont pu assister à des concerts de l'ensemble Ibn Al Arif, dirigé par Shaykh Idris Souabni, ou à des performances de Melhoun et Al-Malhoun, diffusant une ambiance envoûtante dans les cœurs marrakchis.
Les dimensions scientifiques et artisanales n'ont pas été en reste. Un colloque les 3 et 4 avril, organisé avec le collectif Maroc Mémoire, a débattu de la nouvelle loi 33-22 sur la protection du patrimoine, promulguée en juin 2025. Cette législation instaure pour la première fois une coordination obligatoire entre institutions publiques, collectivités, société civile et secteur privé, marquant un tournant dans la préservation patrimoniale au Maroc. Par ailleurs, des ateliers de tissage animés par l'experte Mireille Loopuyt à la Maison Culturelle du Tapis, ou des expositions de coopératives féminines à Arsat Moulay Abdeslam, ont mis en lumière l'empowerment économique des femmes à travers l'artisanat.
Reconnaissance patrimoniale et perspectives
Cette édition s'inscrit dans un contexte de renouveau législatif et international pour le patrimoine marocain. La reconnaissance par l'ICESCO, complétée par l'agrément de l'association Al Muniya comme ONG experte auprès de l'UNESCO, positionne la Zahria comme un modèle de sauvegarde vivante. Le colloque sur la loi 33-22 a notamment souligné comment cette réglementation renforce les mécanismes de coopération, passant d'accords ponctuels à des engagements contraignants.
Au-delà des frontières locales, la Zahria contribue au tourisme culturel durable. En mars-avril, période idéale avec une météo clémente et les bigaradiers en fleurs, l'événement attire visiteurs et experts du monde entier, boostant l'économie locale via l'insertion des jeunes dans les filières artisanales et culturelles. Des excursions comme la N'zaha dans le Grand Atlas jusqu'à Setti Fadma le 11 avril ont élargi l'expérience, combinant distillation, concerts d'Ahouach de l'Ourika et découverte de la forêt de cèdres.

Impacts sociétaux et culturels durables
La Zahria dépasse le cadre festif pour devenir un vecteur d'identité et de cohésion sociale. En impliquant écoles, associations et institutions, elle combat l'oubli chez les jeunes tout en promouvant l'olfactothérapie et les usages thérapeutiques du parfum d'oranger. Les soirées artistiques, telles celle du 4 avril célébrant le Taqtar Zhar, ont réuni la société civile autour d'expositions et de performances, renforçant le tissu communautaire.
Cette 14e édition illustre parfaitement l'ambition de Marrakech : préserver son âme profonde tout en s'ouvrant au monde. À travers science, musique et artisanat, la Zahria tisse un lien intemporel entre passé et avenir, invitant chacun à humer l'essence même de la Ville Rouge. Demain, cette tradition pourrait bien parfumer les listes mondiales de l'UNESCO, perpétuant ainsi l'héritage d'une cité éternelle.

