Forum des droits humains : la jeunesse, entre liberté, identité et avenir
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Avant même que ne s'ouvrent les débats, le ton était donné. En inaugurant la 13ᵉ édition du Forum des droits humains, organisée les 26 et 27 juin dans le cadre du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, Neila Tazi a posé les quatre mots qui allaient guider l'ensemble des échanges : jeunesse, liberté, identité et avenir. Quatre notions indissociables qui, selon elle, résument les grands défis auxquels sont confrontées les nouvelles générations.
« Il n'y a pas de liberté sans jeunesse, car c'est la jeunesse qui, à chaque génération, réinvente ce que cela signifie d'être libre. Il n'y a pas de jeunesse sans liberté, car une jeunesse sans liberté n'en est plus vraiment une », a-t-elle déclaré en ouverture, rappelant que la jeunesse n'est pas seulement une catégorie d'âge, mais une force de transformation et de renouvellement des sociétés.
Pour la productrice du Festival Gnaoua, l'identité ne saurait davantage être perçue comme un héritage immuable. Elle est au contraire « une construction vivante », nourrie de racines, de choix, de parcours et parfois d'appartenances multiples, à l'image des intervenants réunis à Essaouira. Quant à l'avenir, il ne peut plus être considéré comme une promesse acquise. Pour une génération confrontée aux crises géopolitiques, aux inégalités, aux bouleversements climatiques et aux révolutions technologiques, il suscite autant d'espoirs que d'incertitudes.
Face à cette défiance grandissante, Neila Tazi a toutefois voulu délivrer un message d'optimisme. Les études internationales montrent, a-t-elle rappelé, que lorsque les jeunes sont associés à des projets collectifs, la confiance renaît. « La défiance n'est pas une fatalité ; elle est souvent un appel à mieux écouter, à mieux associer, à mieux construire ensemble. »
Son intervention a également abordé les mutations induites par l'intelligence artificielle et la révolution numérique. Si ces technologies offrent des possibilités inédites de partage des connaissances et de coopération, elles ne suffisent pas à créer du lien. « Être connecté ne suffit pas ; la connexion sans organisation ne devient que du bruit », a-t-elle insisté, plaidant pour une réinvention des corps intermédiaires – associations, syndicats, mouvements de jeunesse – afin qu'ils répondent aux nouvelles formes d'engagement des jeunes générations.
Enfin, Neila Tazi a rappelé combien Essaouira et son Festival incarnent depuis près de trente ans cette capacité à réconcilier des notions que l'on oppose souvent : tradition et modernité, enracinement et ouverture, local et universel. « Le Festival Gnaoua montre aux jeunes qu'ils n'ont pas à choisir entre la tradition et la modernité, entre l'enracinement et l'ouverture », a-t-elle affirmé, saluant une jeunesse qui demeure, année après année, la véritable force vive du Festival.
Prenant la parole à sa suite, Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), est revenu sur la genèse même du Forum des droits humains. Il a rappelé que sa création répondait à une conviction forte : faire du Festival Gnaoua un espace où la musique dialogue avec la réflexion citoyenne. « Ce festival symbolise ce que nous désirons le plus pour ce pays et pour l'humanité tout entière : la fraternité, la créativité, les échanges. C'est, de mon point de vue, le festival le plus démocratique du monde », a-t-il déclaré, saluant le métissage culturel qui caractérise depuis près de trente ans le rendez-vous souiri.
Revenant sur le thème de cette 13ᵉ édition, consacré aux jeunesses du monde, Driss El Yazami a dressé un état des lieux de la jeunesse marocaine à travers cinq constats. Il a d'abord évoqué la transition démographique que connaît le Royaume, avant de souligner les progrès considérables réalisés en matière de scolarisation. Mais il a également insisté sur les fragilités persistantes, notamment les difficultés d'insertion socio-économique et les fortes attentes exprimées par les jeunes en matière de participation, d'égalité et de justice sociale. Autant de défis qui, selon lui, dépassent le seul cadre marocain et font écho aux aspirations des jeunesses sur tous les continents.
Le président du CCME a enfin mis en lumière la contribution de la jeunesse marocaine de la diaspora, dont plusieurs représentants participaient aux débats. À ses yeux, ces nouvelles générations réinventent les identités contemporaines et constituent un trait d'union précieux entre le Maroc et leurs pays de résidence, enrichissant ainsi la réflexion collective sur les notions de liberté, d'identité et d'avenir.
Une réflexion collective sur les jeunesses du monde
Placée sous le thème « Jeunesses du monde : liberté, identité, avenir », cette 13ᵉ édition du Forum a réuni philosophes, responsables politiques, chercheurs, artistes et représentants de la société civile autour d'une interrogation commune : comment permettre aux nouvelles générations de construire leur avenir dans un monde traversé par les fractures sociales, les conflits, les migrations, les mutations numériques et les crises environnementales ?
Le philosophe Souleymane Bachir Diagne a ouvert les travaux par une réflexion sur les notions de liberté et d'identité dans un monde globalisé, invitant à dépasser les enfermements identitaires pour penser des appartenances ouvertes et dynamiques.
Parmi les temps forts figurait également le dialogue entre Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre française et présidente de France Terre d'Asile. Tous deux ont insisté sur la nécessité de redonner confiance aux jeunes, de renforcer leur participation à la vie publique et de faire de la culture un véritable levier d'émancipation.
Les différentes tables rondes ont ensuite exploré plusieurs dimensions de cette jeunesse plurielle : les nouvelles formes d'engagement citoyen, le rôle des artistes dans la défense des libertés, la diversité des identités culturelles, l'impact des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle, ainsi que les défis auxquels font face les jeunes dans différentes régions du monde.
Le Forum, l'autre scène du Festival
Au fil des années, le Forum des droits humains s'est imposé comme le prolongement naturel de l'esprit du Festival Gnaoua. À côté des fusions musicales et des rencontres artistiques, il offre un espace de dialogue où se croisent des voix venues d'horizons différents pour réfléchir aux grands enjeux contemporains.
Cette édition 2026 aura confirmé la pertinence de ce rendez-vous intellectuel, en plaçant la jeunesse non pas comme objet de réflexion, mais comme véritable acteur du changement. Un message qui faisait écho à la conclusion de Neila Tazi : à Essaouira, les rencontres ne se limitent pas aux débats. Elles donnent naissance à des amitiés, à des projets communs et à une confiance renouvelée dans la capacité du dialogue à construire l'avenir. K.G.





