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Harcèlement de rue Nous ne sommes plus des proies

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Sifflement, remarques déplacées, attouchements… Une femme qui se déplace dans les rues au Maroc est une proie potentielle pour les harceleurs. Le harcèlement de rue est un réel problème social au Royaume. A cause de cela, les femmes ont ce sentiment de ne pas appartenir à l’espace public. Flâner ou se promener non accompagnée est dangereux, tant la menace pèse lourd. Pourtant, de nombreuses initiatives luttent au quotidien contre ce crime banalisé qu’est le harcèlement de rue.

Depuis 2018, la loi 103-13 réprimant le harcèlement sexuel prévoit une peine pouvant aller jusqu’à six mois de prison et une amende comprise entre 6.000 et 10.000 DH. Cette loi protège les femmes dans l’espace public, les mineures des mariages forcés et condamne tout acte de violence envers les femmes.

Le harcèlement sexuel est défini comme «le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle». Au Maroc, le harcèlement de rue est une réalité que subissent toutes les femmes, marocaines ou pas. Drague ou délit ? La limite est floue.

Le problème est que le harcèlement de rue est culturellement accepté, comme quelque chose qui a toujours existé et qui existera toujours. Plus structurellement, la frustration sexuelle et le manque d’éducation de ceux qui le pratiquent en est un réel moteur. Ignorer les commentaires, s’habiller de façon discrète ou encore de menacer d’aller voir la police sont autant de manières pour les femmes de se protéger.

Cependant, la définition du harcèlement est très floue. Avec une frontière poreuse entre la drague bon enfant et un délit, les esprits ont de quoi être confus. Pour délimiter les deux attitudes, les femmes en appellent au consentement. Pour ainsi dire, à partir du moment où la victime exprime sa désapprobation, c’est non.

Pour la sécurité des voyageurs se rendant au Maroc, le Département d’État américain prévient : « mendicité agressive, vol à la tire, vol de sacs à main, vol dans les véhicules inoccupés et harcèlement des femmes sont régulièrement rapportés ».

Comment expliquer le harcèlement ?

« De par leur éducation, les jeunes Marocains croient qu'ils doivent constamment affirmer leur masculinité dans les lieux publics », explique Stéphanie Willman Bordat, cofondatrice de Mobilising for Rights Associates (MRA) à Rabat.  « Les hommes estiment avoir droit au corps des femmes et la culture de la performance ici leur dicte de le manifester verbalement, sous peine d’être perçus comme ‘’virilement faibles’’ ».

Selon Samia Errazzouki, journaliste maroco-américaine et doctorante en études nord-africaines, qui s'exprime publiquement contre les abus contre les femmes marocaines, il existe au Maroc une « culture de l’impunité », selon laquelle les agresseurs, loin d’être punis, sont protégés. Le véritable défi pour les partisans de la lutte contre le harcèlement consiste sans doute à changer la mentalité des hommes au Maroc. 

Yasmina Flaiou, une des autrices de la BD satirique « Des femmes et des ânes » précise : « Pour beaucoup, la femme est là pour se marier, avoir des enfants et s’occuper de son mari et de sa progéniture… Dans leur esprit, c’est la seule femme « honorable ». Les autres sont considérées souvent comme des catins, des filles faciles ou des femmes qui sortent pour aguicher et provoquer les hommes. La femme libre est une menace pour lui car elle vient se mesurer à lui dans l’espace public qu’il pense lui être exclusif. C’est une violation de sa propriété privée : il pense de droit et normal d’agresser en retour les « intruses » ! »

« Ce sont souvent des personnes perverses qui n’ont aucun sentiment de culpabilité. Ils renvoient tout à la victime. Pour eux, c’est cette dernière qui les a provoquées et non pas le contraire. ». Telles sont les traits caractéristiques de l’auteur du harcèlement sexuel brossé par le sexologue Jamal Eddine Benjelloun Touimi. Pour lui, l’agressivité s’explique par un manque de confiance et d’assurance chez le harceleur. C’est une manière pour lui d’affirmer sa virilité. 

Pour Fadwa Misk, militante féministe et fondatrice du site Qandisha, la Marocaine est prise au piège : «elle est condamnée à traverser les espaces publics, mais en aucun cas autorisée à se les approprier. Elle ne sort dans la rue que pour aller d’un point A à un point B». Flâner est un luxe qu’elle ne peut se permettre. Quant à «griller tranquillement une cigarette au soleil», tout bonnement impensable ! Cette sphère «publique» confine paradoxalement les femmes à l’isolement !

Il est primordial de programmer au niveau des écoles une éducation à la sexualité afin de sensibiliser les jeunes aux conséquences néfastes de cet acte. La rue doit être accessible aussi bien aux femmes qu’aux hommes, et qu’enfin sortir dehors ne soit plus ressenti comme un acte de transgression, de militantisme ou de revendication pour nous, les femmes. La honte doit définitivement changer de camp.

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