Mina Abouzahra allie design néerlandais et héritage amazigh au musée de Gouda
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Le musée de Gouda, aux Pays-Bas, s’apprête à consacrer une exposition monographique inédite à Mina Abouzahra. À partir du 26 septembre 2026, la designer néerlandaise d’origine marocaine y présentera Woven Letters, une exposition qui explore les liens entre création contemporaine, mémoire familiale et traditions textiles marocaines.
À travers une sélection de meubles, de tapis et de nouvelles créations, l’artiste construit un dialogue entre deux univers culturels qui nourrissent son parcours depuis ses débuts : le design néerlandais et l’artisanat marocain, avec une attention particulière portée aux savoir-faire amazighs.
Le tapis marocain comme langage de mémoire
L’exposition repose sur une idée centrale : le tapis marocain ne se résume pas à sa fonction décorative. Dans de nombreuses traditions amazighes, le textile constitue un véritable moyen d’expression. Les motifs, les formes et les couleurs peuvent évoquer différentes dimensions de l’existence, de la féminité au mariage, en passant par la fertilité, la protection ou encore le deuil.
Transmis de génération en génération et principalement réalisé par les femmes, le tissage devient ainsi un support de récits personnels. Mina Abouzahra s’empare de cette dimension narrative pour inscrire ces traditions dans une approche contemporaine du design.
Des objets entre artisanat et création contemporaine
Plusieurs pièces inédites seront dévoilées à Gouda. Parmi elles, Bénédictions revisite un meuble traditionnellement associé au départ d’une jeune mariée marocaine du foyer familial. Ce meuble personnel, emporté lors du passage vers une nouvelle étape de vie, devient sous la direction de la designer une pièce où se rencontrent différentes traditions artisanales.
Pour sa fabrication, Mina Abouzahra s’est entourée de deux ateliers néerlandais. Tsugi Woodworks a réalisé la structure en bois en s’appuyant sur des techniques japonaises d’assemblage sans colle ni clous, tandis que Het Borduurburo a travaillé les broderies destinées aux panneaux textiles.
Autre création présentée, le Sofa Goity prend la forme d’un assemblage de matelas. La pièce évoque la proximité familiale et la vie entre plusieurs générations, en s’inspirant des modes de cohabitation traditionnels au Maroc.
L’exposition comprend également le fauteuil Abouzahra X Rietveld. Cette création revisite un modèle imaginé par Wim Rietveld, fils du designer néerlandais Gerrit Rietveld. L’objet confronte l’esthétique sobre du design néerlandais de l’après-guerre à la richesse visuelle des textiles marocains réalisés à la main.
« Lettre », une histoire tissée de Taznakht
La pièce la plus emblématique de l’exposition est une tapisserie monumentale intitulée Lettre. Son inspiration vient de Taznakht, dans le sud du Maroc, et d’une tradition textile liée au passage d’une jeune femme amazighe vers sa nouvelle vie après le mariage.
Dans le récit associé à cette tradition, la jeune mariée reste pendant une année sans contact direct avec sa famille. Durant cette période, elle réalise une tapisserie dans laquelle elle inscrit symboliquement son vécu à travers les couleurs et les motifs.
Le père vient alors lui rendre visite une seule fois avant de rapporter le tissage à la mère. Celle-ci peut ensuite interpréter l’ouvrage comme une véritable lettre, déchiffrant dans le langage textile les émotions et l’état intérieur de sa fille.
Avec Lettre, Mina Abouzahra transforme cette histoire en une œuvre monumentale qui place le tissage au rang de moyen de communication et de transmission.
Gouda comme point de rencontre entre deux histoires textiles
Woven Letters s’inscrit parallèlement dans la programmation d’automne du musée de Gouda, qui consacre une exposition à l’histoire du tissage local sous le titre Murs des Merveilles.
Cette proximité thématique a donné naissance à un projet associant la designer aux communautés de Gouda. Ensemble, ils ont imaginé des coussins contemporains fabriqués à Taznakht, inspirés des modèles traditionnellement associés aux guildes de la ville.
Le projet établit ainsi une passerelle entre une histoire textile profondément ancrée aux Pays-Bas et un savoir-faire marocain toujours vivant.
Cette rencontre revêt également une dimension particulière à Gouda, où une part importante de la population possède des racines dans le Rif septentrional et entretient un lien avec la culture amazighe.
Un parcours entre les Pays-Bas et le Maroc
Née aux Pays-Bas de parents marocains, Mina Abouzahra a grandi à la croisée de deux cultures. Son intérêt pour les traditions artisanales marocaines s’est notamment développé au cours de ses études à l’École supérieure du bois et de l’ameublement.
Depuis 2013, elle développe son activité entre Amsterdam et Taznakht. Dans cette ville du sud marocain, son studio travaille notamment avec une coopérative de tisseuses qui perpétue des techniques transmises depuis plusieurs générations.
Au-delà de la création, son travail porte également sur la valorisation des artisanes et sur la nécessité de leur garantir des conditions de travail équitables ainsi qu’une rémunération juste.
Ses créations ont intégré plusieurs collections muséales. En 2022, son parcours a été récompensé par le Prix néerlandais de la créativité et le Prix européen du design.
Avec Woven Letters, la designer poursuit ainsi une démarche où l’objet devient un point de rencontre entre héritage et modernité, tout en donnant une visibilité nouvelle aux récits et aux savoir-faire liés au tissage marocain.
Une exposition jusqu’au printemps 2027
L’exposition « Mina Abouzahra – Woven Letters » sera accessible au musée de Gouda du 26 septembre 2026 au 29 mars 2027.
À travers ses tapis, ses meubles et ses collaborations artisanales, l’exposition entend montrer comment un patrimoine textile peut dépasser les frontières culturelles et géographiques pour devenir une matière de création contemporaine.





